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Marie-Noëlle Albert

Faire science de sa propre pratique

Attribution

Marie-Noëlle Albert a contribué au développement et à la formalisation de l’autopraxéographie. Ce site ne la présente pas comme seule inventrice de la méthode : plusieurs des textes fondateurs sont cosignés, et l’attribution exacte reste à préciser avec elle.

L’autopraxéographie est une méthode de recherche à la première personne : une praticienne ou un praticien construit des savoirs scientifiques à partir de sa propre expérience, par un jeu de réflexivités successives et un dialogue avec des théories pluridisciplinaires.

Ce n’est pas de l’autobiographie. C’est une démarche outillée pour transformer une pratique vécue en connaissance légitime — y compris, et peut-être surtout, une pratique difficile.

Origines

D'où vient la méthode

La méthode ne surgit pas d’un coup. Elle se construit sur une quinzaine d’années, en réponse à une question précise : à quelles conditions le récit d’un praticien devient-il un savoir scientifique ?

Le socle est le constructivisme pragmatique, hérité de Marie-José Avenier — sa directrice de thèse — et, au-delà, de Jean-Louis Le Moigne. La connaissance valable n’y descend pas de la théorie vers le terrain : elle se construit dans l’expérience, puis se légitime par un travail rigoureux de mise en dialogue avec les théories existantes.

Les étapes intermédiaires sont repérables dans les publications : le paradigme narratif et les outils de visualisation autour de 2006-2009 ; la recherche autobiographique et sa légitimation épistémologique en 2011-2013 ; le testimonio expérientiel en 2014 ; puis, à partir de 2017, la méthode nommée comme telle.

  1. 2006 – 2009Paradigme narratif, récits, outils de visualisation
  2. 2011 – 2013Recherche autobiographique et légitimation épistémologique
  3. 2014Testimonio expérientiel, avec Marie-Michèle Couture
  4. 2017L’autopraxéographie est nommée
  5. 2023Extension : prendre du recul face à la vulnérabilité
  6. 2023Version collective et interdisciplinaire, en libre accès

SourcesCairn — publications de Marie-Noëlle AlbertÉruditHAL — recherche « Marie-Noëlle Albert »Recherches qualitatives — archives en libre accès

Le processus

Quatre mouvements, et une boucle

La description qui suit est une synthèse rédigée pour ce site à partir des publications listées plus bas. Ce n'est pas un protocole officiel.
  1. 01

    L’écriture naïve

    Le point de départ n'est pas une question de recherche mais un récit : ce qui a été vécu, écrit avant toute mise en forme théorique. On n'écrit pas encore pour démontrer.

  2. 02

    Le travail épistémique

    Le récit est ensuite repris, interrogé, mis en tension avec des théories venues de plusieurs disciplines. C'est ce travail qui distingue la méthode du témoignage : le matériau devient objet.

  3. 03

    La construction de savoirs génériques

    De l'expérience singulière, on extrait des propositions transférables — non pas des lois, mais des savoirs utiles à d'autres praticiens dans d'autres situations.

  4. 04

    La récursivité

    Le processus ne s'arrête pas là : les savoirs construits transforment le regard porté sur l'expérience initiale, qui est réécrite. C'est une boucle, au sens que la pensée complexe donne à ce mot.

SourcesCairn — publications de Marie-Noëlle AlbertHAL — recherche « Marie-Noëlle Albert »OpenAlex — A5089632508

Distinctions

Ce que l'autopraxéographie n'est pas

La méthode se définit autant par ce dont elle se démarque que par ce qu'elle propose.
L’autobiographie
L'autobiographie raconte une vie et se suffit à elle-même. L'autopraxéographie ne s'arrête pas au récit : elle l'outille pour en tirer des savoirs, et rend compte de la manière dont elle le fait.
L’autoethnographie
L'autoethnographie éclaire une culture à travers le vécu du chercheur. L'autopraxéographie part de la pratique — praxis — et vise des savoirs actionnables pour la gestion, dans une épistémologie constructiviste pragmatique explicitement revendiquée.
Le témoignage professionnel
Le témoignage vaut par son authenticité. L'autopraxéographie doit en plus démontrer la validité de ce qu'elle construit : c'est la question qui occupe Marie-Noëlle Albert depuis vingt ans.

Usages et limites

Usages

  • Comprendre de l’intérieur une expérience que l’observation extérieure manque — l’entrepreneuriat, la reprise d’entreprise, la direction.
  • Permettre à une dirigeante-chercheuse de faire de sa position double une ressource plutôt qu’un conflit d’intérêt.
  • Prendre du recul sur une situation de vulnérabilité vécue, sans la réduire au témoignage ni la neutraliser.
  • Construire un savoir avec les praticiens, dans une visée interdisciplinaire et collective.
  • Former à la recherche : plusieurs mémoires de maîtrise l’emploient.

Limites

  • La question de la validité ne se règle jamais une fois pour toutes : elle doit être reprise dans chaque recherche, ce qui est exigeant.
  • Le risque de complaisance est réel. Le travail épistémique et la confrontation théorique en sont le contrepoids ; ils ne sont pas facultatifs.
  • La méthode suppose une expérience pratique substantielle. Elle n’est pas accessible à qui n’a pas de praxis à interroger.
  • Sa réception varie selon les traditions disciplinaires et selon les revues.

Cette lecture des usages et des limites est proposée par ce site à partir des publications. Elle demande à être discutée avec l’autrice.

Textes de référence

Les publications qui construisent la méthode

Voir les 13 travaux rattachés à cet axe

Transmission

La méthode est enseignée

2 mémoires dirigés par Marie-Noëlle Albert portent explicitement la mention « une autopraxéographie » dans leur titre. C’est le meilleur signe de vitalité d’une méthode : elle n’est pas seulement proposée, elle est reprise.

Tous les travaux dirigés

  • 2023Facteurs d'appropriation des projets de développement rural par les bénéficiaires en Haïti : une autopraxéographieRodeley Pierre
  • 2022L'impact du comportement du leader authentique sur le bien-être au travail : une autopraxéographieWedad Basma Hilali

SourcesSémaphore — dépôt institutionnel de l'UQAR